En octobre : de délicieux navets
Une œuvre cinématographique de piètre qualité se trouve souvent qualifiée de «navet». Cela manque de gentillesse, voire de gratitude, pour un légume qui peut être des meilleurs s’il est frais et récolté jeune, ou des pires : devenu très fibreux, récolté tard ou mal conservé, avec un goût trop prononcé. En Europe, la culture des navets a régressé à mesure que se développait celle de la pomme de terre.
Très facile à cultiver en un cycle court (une cinquantaine de jours), présentant une grande diversité de formes et de coloris, se prêtant cru ou cuit à de nombreux usages culinaires, le navet apportera à peu de frais aux jardiniers beaucoup de satisfactions pendant toute l’année. Outre la racine tubérisée, on peut en consommer les jeunes feuilles crues ou cuites, vertes ou blanchies. Alexandre Dumas évoque plus de 90 utilisations culinaires du navet !
La plante
La famille des Brassicacées (ex-Crucifères) et le genre Brassica auquel appartient le navet sont un casse-tête pour les botanistes qui en ont souvent modifié la classification. La Flore de Belgique de Jules Goffart, qui faisait autorité jusqu’au milieu du vingtième siècle, classe le navet dans l’espèce Brassica napus, avec le colza, le chou-navet et le rutabaga, tandis que l’espèce Brassica rapa comprend la navette et le chou-rave. Actuellement, dans la flore éditée par le Jardin botanique national, le navet potager est classé, en compagnie des brocoletti et de certains choux asiatiques, dans l’espèce Brassica rapa, sous-espèce rapa ou variété esculenta. Et ce jusqu’à ce qu’une nouvelle classification vienne modifier celle-ci… L’origine du navet n’est pas connue avec certitude.
Le navet est une plante bisannuelle à racine très charnue, à feuilles oblongues lyrées rudes au toucher, disposées en rosette ; la hampe florale qui se développe la seconde année atteint 60 à 80cm de hauteur ; elle porte des épis de fleurs jaunes qui peuvent s’autoféconder. Les fruits sont des siliques qui contiennent 15 à 25 graines sphériques, petites, rouge-brun plus ou moins foncé. Il y a 400 à 600 graines par gramme ; leur longévité est de 5 ans. La germination est rapide : en 5 à 7 jours.
Il existe une très grande diversité de formes et de coloris des navets :
Forme allongée cylindrique, en toupie ou en massue ; demi longue, sphérique, aplatie…
Couleur : unicolore blanche, grise, noire, jaune, rouge, violette… bicolore blanche à collet vert, jaune à collet vert, blanche à collet rouge, blanche à collet violet…
Les cultivars jaunes ont une chair jaune, les autres une chair blanche.
On doit constater et regretter depuis quelques années une réduction de la diversité des formes des cultivars de navet proposés dans le commerce.
Exigences
Le navet est peu exigeant en ce qui concerne la qualité du sol ; toutefois celle-ci influence fortement la qualité des racines : en sol léger et sec, elles seront plus dures, avec une saveur âcre. On recherchera un pH proche de la neutralité ; en sol acide il y a risque d’infection par la Hernie du chou.
Le navet est une plante de climat maritime doux et humide ; il craint la chaleur et la sécheresse, qui peuvent parfois induire la floraison la première année.
La fumure minérale est peu abondante : en sol normalement pourvu, on doit apporter 70 unités d’azote + 50 unités d’acide phosphorique + 100 unités de potasse (1 unité = 10g par are).
Production dans les jardins
Le cycle cultural du navet est court : de 5 à 10 semaines selon la saison, d’autant plus qu’il est conseillé de récolter avant le plein développement des racines, alors qu’elles sont encore tendres et non creuses. Parfois il s’insère en culture dérobée dans la rotation.
Les premiers semis de la saison se pratiquent à partir du 15 mars avec des variétés dites «à forcer» et la couverture du semis par un plastique perforé ou un voile de forçage. On récolte après 40 à 50 jours. Parfois, s’il fait froid, ces plantes pourront être vernalisées et elles fleuriront.
Ensuite, pour une production continue, on effectue un semis par mois jusqu’à la mi-août ; la récolte intervient après 60 à 70 jours.
Les semis de navets se pratiquent en lignes distantes de 25cm pour les cultures de printemps, et de 35cm pour les cultures d’été et d’automne. Enterrer les graines de 1 à 2cm puis «plomber» le sol ; éclaircir au stade 3-4 feuilles, à 10cm pour les cultures de printemps et à 20cm pour les cultures d’été et d’automne. Récolter avant le creusement des racines et le développement des fibres. Pour l’hiver, la conservation des racines du dernier semis, récoltées fin octobre, s’effectue en silo.
On peut aussi réaliser fin septembre ou début octobre un semis très dense, dont les plantes seront protégées du froid hivernal par des feuilles mortes. Si l’hiver n’est pas trop rude, on obtiendra en fin d’hiver des petits navets tendres, à récolter avant le développement de la hampe florale ; il faut choisir pour cela un cultivar moins sensible au froid comme Bency, Boule d’or ou Blanc d’hiver.
Maladies et ravageurs
Outre la Hernie du chou citée plus haut et qui survient surtout en sol acide, le navet est fréquemment infesté d’altises, petits coléoptères sauteurs qui perforent le feuillage d’une multitude de petits trous, surtout par temps chaud et sec ; des bassinages fréquents permettent de limiter les dégâts. La Mouche du chou (Phorbia brassicae) provoque de graves dégâts : les larves (= asticots) attaquent les racines dès la levée des semis et pendant le grossissement des racines ; plusieurs générations se succèdent sur la saison. Quelques cultivars comme le navet de Nancy à collet rouge semblent moins attaquées. On limite les dégâts en évitant une succession trop fréquente de cultures de Brassicacées sur la même parcelle. Sur les semis de printemps, les limaces peuvent occasionner des dégâts importants.






